Pourquoi c'est inspirant
Quatre versions, et aucune ne l'emporte. Le film se regarde d'un bout à l'autre sans rien à choisir. Quatre flash-backs rejouent pourtant la même demi-heure dans le bois, et le film ne tranche jamais entre eux. C'est une Structure Concentrique tenue dans une Structure Linéaire : le crime reste au centre, les récits tournent autour, et le montage décide de l'ordre à la place du public.
Le juge n'apparaît jamais. Les témoins déposent face à la caméra, dans la cour du tribunal, et répondent à des questions qu'on n'entend pas. La place du magistrat revient au spectateur. Il n'a aucune commande, et le film lui confie quand même ce que l'interactif réserve d'habitude à l'utilisateur : départager des récits.
Chaque récit arrange celui qui le raconte. Le bandit se donne un duel loyal. La femme raconte le mépris de son mari et un évanouissement, le poignard à la main. Le mort, par la médium, s'accorde une fin digne : il s'est tué lui-même. Le bûcheron parle en dernier et décrit un combat pitoyable entre deux hommes terrifiés. Il a menti lui aussi, au tribunal : son récit tait le poignard qu'il a emporté.
Un point de vue vaut ici par ce qu'il arrange. Le récit tient dans les écarts entre les versions, et une œuvre à plusieurs perspectives qui aligne des témoignages concordants perd ce ressort. L'expression « effet Rashōmon » est passée dans l'usage, en droit comme en sciences sociales, pour nommer des témoignages contradictoires d'un même événement.
Ce qui coince
La confrontation se fait dans la tête du spectateur, et nulle part ailleurs. Il ne peut pas revoir un passage à côté d'un autre, ni comparer deux versions du même geste : le film impose l'ordre et le tempo. Une version interactive de la même matière laisserait circuler entre les récits, au prix du contrôle que le montage exerce ici.
Après quatre récits sans conclusion, le film finit sur un geste d'espoir : le bûcheron recueille un nourrisson abandonné sous la porte, et la pluie cesse. L'ambiguïté porte sur les faits, jamais sur la morale.