Pourquoi c'est inspirant
La structure est l'argument. Un homme riche a réécrit le passé à son avantage, et le livre fait subir cette réécriture au lecteur, dans l'ordre. On croit la première version, on la voit devenir une commande, puis on découvre la main qui l'a rédigée, puis la voix qu'elle recouvrait. Quatre couches autour d'un même noyau (voir Structure Concentrique).
La correction n'est pas plus fiable que l'erreur. Chaque nouveau document se présente comme le rétablissement de la vérité, et chacun a lui aussi son intérêt à défendre. Le livre ne délivre jamais la version juste, et la place d'où l'on parle vient toujours avec un motif. Même mécanique que Pentiment, qui laisse une communauté choisir ce qu'elle inscrira sur son mur.
Le travail invisible devient visible. Ida Partenza est payée pour écrire l'autobiographie d'un autre, et sa partie du livre est le récit de cette fabrication : les documents qu'on lui refuse, les phrases qu'on lui fait retirer, ce qu'elle invente parce qu'il faut bien remplir. C'est le meilleur texte que je connaisse sur ce qu'est une commande.
Un modèle de forme transposable. Quatre voix sans instance qui arbitre : la structure marche telle quelle sur un site, dans une installation ou dans un jeu. Immortality fait la même chose avec des rushes plutôt qu'avec des pages.
Ce qui coince
Il faut lire quatre cents pages pour que le dispositif produise son effet, et la première partie (un pastiche de roman des années 1930, volontairement plat) décourage beaucoup de lecteurs avant que la machine ne se mette en marche. Il se prête mal aux extraits en cours.
Le livre est traduit en français chez L'Olivier (2023). C'est une œuvre littéraire, sans dispositif ni interaction : elle est ici pour sa structure, qui est celle d'une base de documents plus que celle d'un roman.