Pourquoi c'est inspirant
Un champ de recherche, et rien d'autre. Ni menu, ni carte, ni bouton suivant : on tape un mot, la base répond, on regarde. Toute l'œuvre (l'enquête, le montage, le doute) tient dans ce geste. C'est aussi l'interface la moins chère à fabriquer qu'on puisse imaginer : une table, un champ, des fichiers vidéo.
La limite de cinq résultats fait tout le travail. Sans elle, taper « je » viderait la base d'un coup. Avec elle, les mots courants ne servent à rien et les mots rares valent cher : on avance parce qu'on a pensé à demander. Aucune base de police ne se comporte ainsi, et c'est la seule entorse à la vraisemblance que le jeu se permette. Cette règle de deux lignes fabrique une méthode d'enquête.
Chaque clip contient ses propres liens. Le mot d'après s'entend dans celui qu'on est en train de regarder : un prénom lâché, un lieu, un objet. Écouter sert de navigation, et les notes qu'on prend sont la seule carte qui existe. Sept ans plus tard, IMMORTALITY refera le même geste en remplaçant le mot par l'objet dans l'image.
On connaît toujours le compte, jamais le contenu. Un vérificateur affiche le corpus entier sous forme de cases qui passent au vert à mesure qu'on voit les clips. On sait donc en permanence combien il en reste, et jamais lesquels. C'est l'inverse de la galerie, qui montre d'emblée tout ce qu'il y a à voir : ici, la grille compte.
Une actrice, une chaise, cinq jours de tournage. Les sept entretiens ont été filmés dans un bâtiment administratif de Cornouailles avec Viva Seifert, puis repassés dans un magnétoscope pour retrouver le grain de 1994. Sam Barlow a fait le reste seul, sur ses économies, en un an ; le jeu a gagné trois BAFTA. Pour un atelier, c'est le rapport le plus favorable qu'on connaisse entre ce qu'il faut produire et ce qu'on obtient.
Ce qui coince
Tout se joue en anglais, sans sous-titres français, et il faut avoir entendu un mot pour pouvoir le taper. Le jeu demande donc une oreille avant de demander une idée : avec un groupe francophone, ça se joue à plusieurs, à voix haute, ou ça ne se joue pas.
Les impasses ne sont signalées par rien. On peut passer un quart d'heure à taper des mots qui ne rendent rien, sans savoir si on cherche mal ou si on a déjà tout vu du côté où l'on creuse. C'est le prix d'une œuvre qui refuse de guider, et c'est facile à défendre quand ce n'est pas soi qui cherche.
Le générique arrive quand on décide qu'on a compris, même à la moitié du corpus. C'est cohérent jusqu'au bout, et ça laisse une partie du public avec le sentiment d'avoir raté quelque chose sans pouvoir dire quoi.
Ça ne se joue qu'une fois. Le contenu est la découverte, comme dans Obra Dinn et IMMORTALITY : la deuxième partie n'a plus d'objet.